Penser l'éducation à l'époque de l'Anthropocène

Renaud Hétier et Nathanaël Wallenhorst, Le Bord de l'eau, 2023

Résumé

En mai 2022, les lycéens du parcours de spécialité de sciences économiques et sociales (SES) ont pu plancher sur le sujet suivant pour obtenir leur baccalauréat : « À partir d’un exemple, vous montrerez que l’innovation peut aider à reculer les limites écologiques de la croissance. »

Visiblement, les auteurs de ce sujet d’examen comme des programmes de SES n’ont pas été informés qu’il existe, depuis des décennies maintenant, un consensus scientifique international et pluridisciplinaire sur les questions bioclimatiques. Si les activités humaines continuent de forcer les grands processus écologiques qui régissent le système Terre, nous aurons affaire à des ruptures brusques et irréversibles compromettant la vie humaine en société. Les limites écologiques sont largement franchies ; elles ne sont pas reculables d’un point de vue biogéophysique – seule la religion capitaliste de la croissance peut faire accroire de telles fables.

Comment l’école républicaine peut-elle encore prétendre à une visée émancipatrice en étant enlisée dans un tel obscurantisme ? Pire encore : l’école, qui survalorise une raison instrumentale, est-elle responsable de l’avènement de l’Anthropocène – cette nouvelle époque géologique caractérisée par une modification durable des conditions d’habitabilité de la Terre ?

Fondamentalement, quelle est la finalité de l’éducation : est-ce d’adapter les jeunes au monde tel qu’il va ou de travailler à la transformation radicale (du latin radix signifiant racine) de nos sociétés ? Aujourd’hui, selon la formule économique qui s’est imposée, nous avons l’impression que la finalité de l’éducation est de permettre à chacun de capitaliser son portefeuille de compétences…

Renaud Hétier et Nathanaël Wallenhorst poursuivent leur travail d’analyse biogéophysique et sociopolitique de l’Anthropocène pour tracer ici le chemin de la refondation d’une éducation politique confrontée au plus grand défi du temps présent, la disparition progressive de nos conditions bioclimatiques d’existence.